Interview de Me FACCHINI par BFM Lyon : pourquoi tant de commerces lyonnais sont en redressement judiciaire ?

Interview de Me FACCHINI par BFM Lyon : pourquoi tant de commerces lyonnais sont en redressement judiciaire ?

Portrait de Maître Angélique FACCHINI, avocat
Par Maître Angélique FACCHINI, Avocat
Mis à jour le 09/06/2026 • 4 min de lecture
Interview du 10 décembre 2025 de Maître Angélique FACCHINI, avocate, sur BFM Lyon, à propos des redressements judiciaires en série visant les commerces et entreprises lyonnaises
 

BFM Lyon & Vous · 10 décembre 2025

 

Interrogée par BFM Lyon sur la vague de redressements judiciaires qui touche les commerces lyonnais, Maître Angélique FACCHINI, avocate fondatrice du Cabinet FACCHINI Avocat, rappelle qu’il s’agit d’une protection du tribunal, et non d’une sanction.


Revoir l’intégralité de l’interview sur BFM Lyon & Vous (émission du 10 décembre 2025)

Le redressement judiciaire, une protection et non une sanction

 

Le redressement judiciaire est avant tout une aide du tribunal, sollicitée par le dirigeant lui-même.

Ce n’est pas une procédure subie : c’est le gérant qui demande à être placé sous cette protection, en déposant une déclaration de cessation de paiement auprès du tribunal compétent.

La procédure reste pourtant mal vécue, souvent associée à une faute de gestion.

Maître FACCHINI tient à déconstruire cette idée reçue : les dirigeants qu’elle accompagne sont, dans leur grande majorité, des chefs d’entreprise très investis, et non de mauvais gestionnaires.

Ce ressenti d’échec reste une spécificité culturelle française, là où le monde anglo-saxon considère l’échec entrepreneurial comme une simple étape du parcours.

Quand peut-on demander un redressement judiciaire ?

 

Une société peut être placée en redressement judiciaire lorsqu’elle ne peut plus faire face à son passif exigible (ses dettes échues) avec son actif disponible (sa trésorerie mobilisable).

C’est la traduction juridique de l’état de cessation de paiement, qui se manifeste par des signaux concrets : des salaires ou un loyer qui ne sont plus réglés, des cotisations URSSAF ou une TVA impayées.

En clair, l’entreprise ne gagne plus assez pour couvrir ses charges.

Pour autant, comme le souligne Maître FACCHINI, « le redressement, il n’est pas de droit ».

La société doit présenter au tribunal un dossier complet : son actif, son passif, son nombre de salariés, l’origine et les causes de ses difficultés, ainsi que les moyens concrets envisagés pour se redresser.

Lorsque le tribunal juge la situation déjà trop compromise et penche pour une liquidation immédiate, il faut parfois plaider pour obtenir l’ouverture du redressement.

Comment se déroule la procédure : la période d’observation

 

Dès l’ouverture du redressement, l’entreprise bénéficie d’une protection juridique forte.

Les procédures en cours sont suspendues et l’intégralité du passif est gelée : les créances antérieures ne doivent plus être payées, ce qui donne de l’air à l’entreprise pour se concentrer sur sa rentabilité.

Le passif pourra ensuite être étalé dans le temps, jusqu’à 10 ans maximum, dans le cadre d’un plan.

S’ouvre alors une période d’observation de 6 mois, renouvelable une fois après audience, destinée à vérifier si le passif peut être réglé et si l’activité est viable.

Deux organes sont nommés par le tribunal pour encadrer cette phase : l’administrateur judiciaire, qui assiste le chef d’entreprise et prépare le plan, et le mandataire judiciaire, qui représente les créanciers (salariés, État, bailleur, fournisseurs).

 

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Pourquoi autant de redressements en ce moment ?

 

Les causes sont multifactorielles : l’emplacement du commerce, la conjoncture, une charge salariale trop lourde, ou encore le remboursement des prêts garantis par l’État (PGE) contractés pendant la période Covid.

Maître FACCHINI souligne un effet de décalage : pendant la crise sanitaire, des sociétés déjà fragiles ont été maintenues à flot par l’État et les banques, alors qu’elles auraient parfois dû bénéficier dès cette époque d’une procédure collective.

Aujourd’hui, l’arrivée des échéances de remboursement des PGE révèle cette fragilité, ce qui explique la vague de procédures observée sur les commerces lyonnais.

Plan, cession ou liquidation : les trois issues possibles

 

À l’issue de la période d’observation, trois sorties sont envisageables.

La première est le plan de redressement, qui permet d’étaler le passif sur 10 ans au maximum.

La deuxième est la cession à un repreneur, lorsque l’activité reste viable.

La troisième est la conversion en liquidation judiciaire, qui peut d’ailleurs intervenir à tout moment, à l’initiative de l’administrateur judiciaire.

La frontière entre les deux procédures tient à un critère simple : la liquidation signifie que la situation est irrémédiablement compromise, tandis que le redressement vise à sauver une entreprise encore viable.

Lorsqu’il n’existe aucun plan crédible, que les salaires ne peuvent plus être payés ou que le dirigeant ne souhaite pas poursuivre, la liquidation peut être sollicitée directement.

Dans ce cas, les salaires sont toujours pris en charge par l’AGS, tandis que les autres créances, notamment celles des créanciers chirographaires, ne sont pas forcément réglées.

Sur le plan juridique, le rebond peut être rapide : il est en théorie possible d’ouvrir une nouvelle société dès la semaine qui suit la liquidation.

En pratique, ce rebond reste conditionné au soutien de la banque, qui doit continuer à suivre le dirigeant, et deux freins peuvent encore peser sur lui.

Le premier tient à la caution personnelle qu’il a souvent consentie pour les prêts de sa société : activée à la clôture des opérations de liquidation, elle peut l’obliger à rembourser ce prêt sur son patrimoine personnel.

Le second tient aux sanctions, telle l’interdiction de gérer, lorsque le tribunal retient des fautes de gestion.

Le rebond reste néanmoins possible, avec l’appui d’associations comme 60 000 rebonds, qui accompagnent les entrepreneurs de la région après une liquidation.

Face à ces difficultés, l’accompagnement par un avocat en droit des entreprises en difficulté aide le dirigeant à préparer son dossier, à défendre l’ouverture du redressement et à sécuriser l’avenir de son activité.

 

À propos de Maître FACCHINI

Maître Angélique FACCHINI est avocate fondatrice du Cabinet FACCHINI Avocat, à Lyon, dédié au droit des entreprises en difficulté, au droit des affaires et au droit immobilier.

Le cabinet est distingué au Palmarès du Droit de Lyon (Trophée d’Or 2025) et classé par Décideurs / Leaders League.

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